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Posts Tagged ‘traduction’

J’ai beau être passionnée par la traduction, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à sa théorie. Pourtant, l’ISIT propose de nombreux cours d’histoire de la traduction, de traductologie, etc. et malgré ma curiosité naturelle, je les ai toujours trouvés particulièrement rébarbatifs.

Vous comprendrez donc que quand on m’a offert « Le poisson et le bananier : une formidable histoire de la traduction », je n’étais pas particulièrement emballée. Quelle surprise ! Je me suis trouvée passionnée par cet ouvrage.

Son auteur, David Bellos, est professeur de littérature comparée à l’Université de Princeton et est lui-même un traducteur chevronné. Il est en effet responsable des versions anglaises de Georges Pérec. Tel qu’il le dit lui même ,« ce livre ne vise pas à vous dire comment traduire ou comment je traduis ». Il prend au contraire à contre-pied la tendance de ces ouvrages qui cherchent à expliciter ce qu’est la traduction et comment elle s’apprend.

Il s’intéresse à la traduction littéraire, à la traduction automatique, aux BD d’Astérix, à l’interprétariat ou encore le sous-titrage et ce, sous la forme d’anecdotes plus amusantes et passionnantes les unes que les autres. A quoi servaient les premiers dictionnaires ? Pourquoi l’adjectif « bleu » n’existe pas en russe ? Comment traduire « figue » dans une langue qui n’a aucune idée de ce que peut être une figue ? L’hégémonie de l’anglais est-elle un danger pour les autres idiomes ? Car si le livre fourmille d’anecdotes, il suscite également plein de réflexions en posant des questions auxquelles nous ne pensons pas forcément.

Ce livre plaira bien sûr à tous les amoureux des langues, aux traducteurs mais aussi à tous les curieux qui aiment tout simplement apprendre et comprendre.  Bien que naturellement attirée par les romans, j’ai pourtant adoré « Le poisson et le bananier » … J’espère qu’il en sera de même pour vous !

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Marie-Agnès Latourte est responsable du Master Communication Interculturelle et Traduction (CIT) à l’Institut de Management et de Communication Interculturels. C’est aussi une ancienne élève de l’école, professeur et traductrice.

CIT & Learn : Qu’est-ce qui fait la spécificité de la formation CIT ?

La formation CIT, comme toute formation à ce niveau, évolue en permanence – par rapport à d’autres formations de traduction. Nous avons voulu introduire des modules de communication interculturelle en 4ème année pour compléter les compétences en traductologie (en langue et rédaction technique). C’est le résultat d’une étude de marché de 6 ans ; le nom originel de l’ISIT était réducteur et figé, l’école a donc changé de nom (aujourd’hui Institut Supérieur de Management et Communication Interculturels) mais elle reste toujours une école de traduction et d’interprétation, même si la formation est plus ouverte.

Nous avons fait très attention au retour des entreprises et des jeunes diplômés. Entre 30 et 50% des étudiants travaillent vraiment dans le milieu de la traduction. Nous voulions donner de véritables compétences pour travailler dans d’autres secteurs et donner une véritable dimension de gestion de projet à travers les PRA/PRE. On ne voit pas la finalité immédiate mais il y a une véritable démarche méthodologique qui est très utile par la suite dans le milieu professionnel. Le PRE (spécialité CIT) permet de s’intégrer dans l’entreprise en développant un projet avec le maître d’apprentissage ou d’autres collègues pour répondre à un besoin rendant souvent l’apprenti indispensable et débouchant parfois sur des embauches.

CIT & Learn : La préoccupation principale d’une école, en cette époque de crise de l’emploi, est probablement celle de l’insertion professionnelle. En quoi cette formation peut-elle attirer un recruteur ?


Il existe des compétences spécifiques et uniques à l’ISIT, les connaissances sont développées par les stages et les différents projets menés de front pendant la scolarité. L’Isitiste est polyvalent (il ne sait pas faire que de la traduction !), il comprend rapidement les instructions. Des étudiants se retrouvent en stage dans des environnements parfois très techniques et inconnus (Orange, Geodis, EDF)  et s’adaptent rapidement. Les recruteurs apprécient le parcours professionnel des étudiants grâce aux stages et apprentissages (qui sont très importants et valorisés); beaucoup de soft skills sont aussi appréciés : le savoir-être, la curiosité, le respect d’autrui mais également l’interculturalité (savoir s’adapter à l’autre et savoir écouter).

CIT & Learn : Que fait l’école pour favoriser l’insertion professionnelle en plus de redéfinir la formation ?


Tout d’abord, l’école a mis en place une politique de parcours d’intégration professionnelle, et les étudiants sont bien sûr directement impliqués. Il y a des stages dès la première année, là où auparavant ils ne commençaient qu’en 3ème année. Les stages sont plus longs et obligatoirement à l’étranger selon les années. Nous avons essayé de développer nos relations avec l’APEC depuis 5 ans : ils viennent sensibiliser les étudiants dès la première année sur le parcours professionnel et les démarches. Il y a aussi les simulations d’entretien au cours de la 4ème et la 5ème année face à de vrais professionnels RH qui ont un regard neutre et objectif.

Ensuite, nous avons mis l’accent sur l’apprentissage, qui est tout récent pour la section MI. Il y a bien sûr toute une partie que les étudiants ne voient pas : les relations avec les entreprises, comme par exemple des petits-déjeuners organisés avec des maîtres d’apprentissages potentiels ou des entreprises provenant du réseau d’anciens. Certains apprentis viennent témoigner mais cela reste plus un rendez-vous école-entreprise. Nous avons mis en valeur l’année de césure : de plus en plus d’étudiants partent pour un an en France ou à l’étranger. Nous visitons aussi les entreprises où sont en poste les apprentis ; il est important de développer le contact humain avec l’école et voir les conditions de travail des étudiants.

On se rend vraiment compte lors de la rédaction du CV que les stages, l’apprentissage et même parfois le MTA  (Mémoire de Traduction Appliquée à faire en 4eme année) jouent beaucoup : ce sont des compétences professionnelles qui incitent au recrutement.

CIT & Learn : Quel équilibre pensez-vous qu’il faille trouver, dans l’optique de favoriser l’insertion professionnelle, entre les enseignements “pratiques” et les enseignements “théoriques” ?


C’est une question intéressante mais en tant que linguiste, le terme équilibre ne me paraît pas le plus adapté. Prenons la définition du Petit Robert : “Egalité de force entre deux ou plusieurs éléments qui s’opposent ou alors état de stabilité et d’harmonie qui en résulte” …ce qui me paraît déjà plus adéquat. Nous ne cherchons pas un rapport de force ; il est vrai que la formation évolue en permanence, ce qui perturbe souvent les étudiants mais “Qui n’avance pas recule” (Mme Mériaud-Brischoux) : il vaut mieux parler de complémentarité. L’enseignement pratique et théorique se complètent. Les apprentis s’en aperçoivent très rapidement grâce au double-regard en entreprise, ce qui leur permet de comprendre plus rapidement des cours très techniques (XML, SQL).

CIT & Learn : En quoi l’ISIT est l’endroit idéal pour comprendre l’interculturalité ? Quels sont les points forts ? Auriez-vous un exemple précis pour illustrer votre propos ? Etes-vous témoin de situations d’interculturalité au moment de faire des échanges avec des universités partenaires ?


Tout d’abord, la composition du corps enseignant reflète parfaitement l’interculturalité, avec sa variété de langues, de cultures et donc d’approches pédagogiques différentes. Il y a également beaucoup d’étudiants METS et Erasmus. Tout ceci nous permet de nous rendre compte de toutes les différentes approches de la traduction ; la langue est bien le reflet d’une culture et d’une personnalité. Comme le dirait Michel Bouthot, “Apprendre une autre langue, c’est comme le commencement d’une autre vie” ; ou une autre que j’aime beaucoup : “Acquérir une autre langue, c’est acquérir un supplément d’âme”. On s’enrichit, on découvre, enfin il faut découvrir la culture au sens large.

Je suis allée à Londres pour un projet européen avec l’université de Westminster pour un Long Live Term Program (deux ans), pour le programme PICT (Promoting Intercultural Competence in Translation) avec des Italiens, des Polonais, des Anglais et des Norvégiens entre autres pour pouvoir introduire la compétence interculturelle dans les formations (ce que fait déjà l’ISIT) ; nous avons eu une discussion intéressante sur la compréhension du terme “framework”. Les Anglais le comprenaient comme un terme ouvert, plutôt des lignes directrices contrairement aux Norvégiens ou aux Polonais qui voyaient plutôt un cadre plus fermé et bien balisé (“Rahmen ” en allemand = cadre).


Frédérique De Graeve (responsable du Master Management Interculturel) :

Je peux ajouter un exemple: nous avons une ancienne étudiante travaillant chez XXX pour organiser un transfert de compétences RH vers la Roumanie; elle devait s’y rendre régulièrement pour former des gens, et ainsi faciliter le transfert, mais les Roumains (en raison du régime communiste) ne reconnaissaient pas l’étudiante en tant que porteuse de l’autorité : pour eux il n’y a qu’un chef, et celui-ci devait se déplacer en personne pour qu’ils puissent prendre en compte tous les changements et les formations à mettre en place.


Marie-Agnès Latourte : il est essentiel de comprendre les codes d’un pays lors de la conduite d’un projet à l’international pour pouvoir être efficace et le mener à bien. Plus on va loin, plus cela devient flagrant.

CIT & Learn : Dans le monde professionnel, quel atout majeur pensez-vous qu’une expertise en interculturalité apporte?


Cela apporte une meilleure connaissance des méthodes de travail pour pouvoir travailler sur des projets concrets, d’anticiper (mails, délais de réponse, gérer des négociations : les Coréens, par exemple, ne vont pas parler pendant la réunion mais attendront la fin pour pouvoir donner leur opinion et faire part de leurs remarques).

Prenons l’exemple d’une campagne de Coca-Cola dans le golfe Persique : ils ne se sont pas assez penché sur la communication du pays, ils ont choisi le désert qui semblait adapté aux pays Arabes mais ont oublié que ces derniers lisent de droite à gauche ! Le message était lu complètement à l’envers. En tant que linguiste, on se demande automatiquement comment le message va être perçu.

Le message que voulait faire passer Coca Cola : boire du Coca redonne de l'énergie !

Le message que voulait faire passer Coca Cola

et le résultat….

Le message qui est passé... boire du Coca est mauvais pour la santé (surtout au milieu du desert)

CIT & Learn : Au fil des années, l’Isit et les caractéristiques de la formation ont évolué pour s’adapter au monde moderne, de plus en plus multiculturel et rapide. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet?


Si on regarde quelques années en arrière, on pourrait plutôt parler de révolution que d’évolution, en particulier dans la filière CIT. Nous avons essayé de nous adapter aux demandes des entreprises et des experts en interculturalité. La demande de traducteurs diminuait (moins de services de traduction au sein des entreprises, agences cassant les prix..), il n’était pas possible de former des promotions de 100 traducteurs en sachant que seulement 10 trouveraient du travail. Maintenant, on se rend compte que la tendance s’inverse, en particulier grâce aux organisations internationales où beaucoup de traducteurs partent à la retraite. Il y a une grande campagne de recrutement en ce moment. Le cursus est aussi, ne l’oublions pas, passé de 4 à 5 ans.


De plus, nous essayons de développer des réseaux avec les entreprises (développement de l’apprentissage), mais aussi des réseaux d’écoles et d’universités (FESIC, METS, SFT, CGE, FIT, CIUTI…) ; on s’ouvre au monde extérieur en encourageant les échanges, avec comme nouveauté cette année l’ouverture du service international dirigé par Marina Burke.

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Site de l’ISIT

Descriptif de la formation CIT et liste des cours (PDF)

Informations sur les stages

Les métiers de l’ISIT (vidéo)

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 – Les affiches québécoise, française et américaine de «Sex Friends» –

Vous vous posez sans doute vous aussi la question : pourquoi certains titres de films sont-ils traduits et d’autres pas ? Pourquoi certains titres anglais sont-ils traduits par un autre titre en anglais ?

On ne compte plus les bloggers narquois qui dressent des listes de traductions… disons, surprenantes :

  • Made in Dagenham > We Want Sex Equality (?)
  • Not another teen movie > Sex Academy(??)
  • Paradise Alley > La Taverne de l’enfer (???)

Câlice, ça n’est rien comparé à nos cousins québécois ! La protection de la langue française, outre atlantique, peut mener très loin :

  • Pulp Fiction > Fiction pulpeuse…
  • Waiting to Exhale > Vénus dans la Vierge…
  • Chicken Run > Poulets en fuite…
  • Legally Blonde 2 > Blonde et Légale 2…
  • Ghost > Mon fantôme d’amour…
  • Scary Movie > Film de peur !!!

On pourrait étendre ce jeu à tous les pays (les Espagnols y sont aussi très forts), mais je vais me contenter pour le moment de parler des films américains et britanniques importés en France.

Au-delà des sarcasmes et des quelques tendances générales repérées par nos chers bloggers (caser « sex »  ou « American » pour vendre du rêve, placer « mort » ou « enfer » pour faire croire à un film profond, supprimer le « The » pour éviter de se ridiculiser…), ce sujet mérite plus ample analyse : qui décide quoi ? Est-ce une question de réglementation ?

Toutes les boîtes de distribution cinématographique pratiquent le retitrage. Il arrive que les distributeurs lancent des sondages (comme pour The Reader), voire des concours de traduction (comme pour le film de Tarantino Deathproof, traduit par Boulevard de la mort)… Bref, le processus peut durer plusieurs mois !

Selon une étude publiée en 2010 sur Slate.fr, « 57% des 200 films américains sortis en France en 2009 et 2010 par les 7 plus gros distributeurs ont été retitrés en français, et 43% avaient un titre anglais (35% leur titre original, 8% retitrés en anglais) ».
Lire le détail des statistiques

« Il n’existe bien sûr pas de recette que les distributeurs appliquent à telle ou telle catégorie de films, précise l’auteur de cette étude. Même si l’on peut dégager quelques grands principes, il y aura toujours des exceptions qui viendront confirmer les règles suivantes :

  1. On traduit les titres des films pour enfants
  2. On change ou on traduit les titres qui ne veulent rien dire pour des Français (No Strings attached est ainsi devenu Sexfriends : ça a le mérite d’être clair !)
  3. On traduit ou on change si le titre en anglais est trop compliqué à prononcer et/ou à mémoriser
  4. On garde le titre original des films de genre
  5. On garde le titre français du livre qui a inspiré une adaptation

Au même titre que l’affiche, la bande-annonce et la campagne publicitaire, le titre fait en fait partie de la stratégie marketing du film, elle-même fondée sur des valeurs culturelles. On décide de la cible, de l’image qu’on veut en donner, de son positionnement, et le processus interculturel intervient à chacune de ces étapes (à noter : il se limite ici aux cultures nationales, la distribution des films se faisant pays par pays).

Les titres de films tirent leur valeur de 3 facteurs : sonorités, connotations, références.

  • Sonorités :
           
              Affiche américaine                                  Affiche française

« Chevalier et jour » n’a clairement pas une résonance très harmonieuse… On préfère donc encore une fois céder à l’attrait de l’exotisme (et surtout de l’anglais). Et au cas où le mot « knight » ait à l’époque échappé à nos révisions, mieux vaut carrément laisser tomber le jeu de mot !

  • Connotations :

              Affiche américaine                                  Affiche française

« La logique, comme on peut le lire dans l’article de Slate.fr, aurait voulu reprendre le titre du livre en France, Le Liseur, mais l’équipe craignait que, dans l’inconscient collectif français, ce titre trop « intello » ne traduise pas l’émotion et la tension dramatique du film. Un organisme de test a montré une affiche « The Reader » à 500 personnes et une affiche « Le Liseur » à 500 autres, et en a conclu que « Le Liseur » avait tendance à repousser, contrairement à « The Reader » ».
  • Références :
          
            Affiche américaine                                  Affiche française
Comme le signale encore l’auteur de l’étude, « « The Greek » faisant référence à un théâtre de Los Angeles, il n’évoquerait rien au public français. Retitrage donc, mais retitrage en anglais, avec « American », caution cool assurée, et « Trip », qui évoquera peut-être le succès qu’a été en 2009 Very Bad Trip ? »

Bref, le retitrage n’est pas un jeu à celui qui trouve la traduction la plus insensée : c’est bel et bien une démarche emblématique de la communication interculturelle.

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