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 – Les affiches québécoise, française et américaine de «Sex Friends» –

Vous vous posez sans doute vous aussi la question : pourquoi certains titres de films sont-ils traduits et d’autres pas ? Pourquoi certains titres anglais sont-ils traduits par un autre titre en anglais ?

On ne compte plus les bloggers narquois qui dressent des listes de traductions… disons, surprenantes :

  • Made in Dagenham > We Want Sex Equality (?)
  • Not another teen movie > Sex Academy(??)
  • Paradise Alley > La Taverne de l’enfer (???)

Câlice, ça n’est rien comparé à nos cousins québécois ! La protection de la langue française, outre atlantique, peut mener très loin :

  • Pulp Fiction > Fiction pulpeuse…
  • Waiting to Exhale > Vénus dans la Vierge…
  • Chicken Run > Poulets en fuite…
  • Legally Blonde 2 > Blonde et Légale 2…
  • Ghost > Mon fantôme d’amour…
  • Scary Movie > Film de peur !!!

On pourrait étendre ce jeu à tous les pays (les Espagnols y sont aussi très forts), mais je vais me contenter pour le moment de parler des films américains et britanniques importés en France.

Au-delà des sarcasmes et des quelques tendances générales repérées par nos chers bloggers (caser « sex »  ou « American » pour vendre du rêve, placer « mort » ou « enfer » pour faire croire à un film profond, supprimer le « The » pour éviter de se ridiculiser…), ce sujet mérite plus ample analyse : qui décide quoi ? Est-ce une question de réglementation ?

Toutes les boîtes de distribution cinématographique pratiquent le retitrage. Il arrive que les distributeurs lancent des sondages (comme pour The Reader), voire des concours de traduction (comme pour le film de Tarantino Deathproof, traduit par Boulevard de la mort)… Bref, le processus peut durer plusieurs mois !

Selon une étude publiée en 2010 sur Slate.fr, « 57% des 200 films américains sortis en France en 2009 et 2010 par les 7 plus gros distributeurs ont été retitrés en français, et 43% avaient un titre anglais (35% leur titre original, 8% retitrés en anglais) ».
Lire le détail des statistiques

« Il n’existe bien sûr pas de recette que les distributeurs appliquent à telle ou telle catégorie de films, précise l’auteur de cette étude. Même si l’on peut dégager quelques grands principes, il y aura toujours des exceptions qui viendront confirmer les règles suivantes :

  1. On traduit les titres des films pour enfants
  2. On change ou on traduit les titres qui ne veulent rien dire pour des Français (No Strings attached est ainsi devenu Sexfriends : ça a le mérite d’être clair !)
  3. On traduit ou on change si le titre en anglais est trop compliqué à prononcer et/ou à mémoriser
  4. On garde le titre original des films de genre
  5. On garde le titre français du livre qui a inspiré une adaptation

Au même titre que l’affiche, la bande-annonce et la campagne publicitaire, le titre fait en fait partie de la stratégie marketing du film, elle-même fondée sur des valeurs culturelles. On décide de la cible, de l’image qu’on veut en donner, de son positionnement, et le processus interculturel intervient à chacune de ces étapes (à noter : il se limite ici aux cultures nationales, la distribution des films se faisant pays par pays).

Les titres de films tirent leur valeur de 3 facteurs : sonorités, connotations, références.

  • Sonorités :
           
              Affiche américaine                                  Affiche française

« Chevalier et jour » n’a clairement pas une résonance très harmonieuse… On préfère donc encore une fois céder à l’attrait de l’exotisme (et surtout de l’anglais). Et au cas où le mot « knight » ait à l’époque échappé à nos révisions, mieux vaut carrément laisser tomber le jeu de mot !

  • Connotations :

              Affiche américaine                                  Affiche française

« La logique, comme on peut le lire dans l’article de Slate.fr, aurait voulu reprendre le titre du livre en France, Le Liseur, mais l’équipe craignait que, dans l’inconscient collectif français, ce titre trop « intello » ne traduise pas l’émotion et la tension dramatique du film. Un organisme de test a montré une affiche « The Reader » à 500 personnes et une affiche « Le Liseur » à 500 autres, et en a conclu que « Le Liseur » avait tendance à repousser, contrairement à « The Reader » ».
  • Références :
          
            Affiche américaine                                  Affiche française
Comme le signale encore l’auteur de l’étude, « « The Greek » faisant référence à un théâtre de Los Angeles, il n’évoquerait rien au public français. Retitrage donc, mais retitrage en anglais, avec « American », caution cool assurée, et « Trip », qui évoquera peut-être le succès qu’a été en 2009 Very Bad Trip ? »

Bref, le retitrage n’est pas un jeu à celui qui trouve la traduction la plus insensée : c’est bel et bien une démarche emblématique de la communication interculturelle.

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