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Archive for the ‘Autour de la traduction’ Category

Mariné est une traductrice indépendante (ou « freelance ») espagnole basée à New York. Elle a d’abord fait un bac de bio à Porto Rico, puis des études de psychologie générale et de communication des médias. Elle n’a jamais étudié la traduction mais a contribué à la traduction et à la relecture d’un livre pour l’un de ses professeurs, et s’est alors prise d’intérêt pour ce métier. Elle a déménagé à New York pour travailler comme chef de projet en espagnol dans le secteur de la traduction, avant de s’installer en indépendante.

Penses-tu que le fait de n’avoir pas de diplôme en traduction peut être gênant ?

C’est certain. Lorsque j’ai décidé de travailler comme traductrice indépendante, j’ai cherché à me certifier, et je suis devenue membre certifié d’ ATA (American Translators Association). C’est important car cela donne une certaine garantie au client qui consulte ton CV. Certains clients exigent des traducteurs certifiés, donc mieux vaut l’être.

En m’installant à NY, j’ai tout appris du secteur de la traduction, ce qui m’a aidée à comprendre son fonctionnement : les outils de traduction, les règles, la localisation (c’est-à-dire non seulement la traduction mais aussi l’adaptation culturelle) : autant de détails auxquels je n’aurait pas prêté attention avant, n’ayant pas de formation dans le domaine.

Je ne sais pas si c’est une empreinte de mes années de bio, mais les traductions que j’ai le plus aimé faire sont les traductions médicales. Je traduis beaucoup dans ce domaine : services médicaux, travaux de recherche. J’aime vraiment ce genre de traductions.

A quoi ressemblent tes journées de traductrice ?

Je dois admettre que je lis très peu souvent le texte en entier avant de le traduire. Je fais pas mal de recherches tout au long de mon travail, j’ai beaucoup de dictionnaires techniques (en version numérique, bien sûr, car sinon ce serait impossible à transporter !). Le dictionnaire technique le plus cher que j’ai acheté est un véritable monstre que j’utilise pour un client au Bangalore. Il m’a coûté 600 $ mais j’ai pu faire beaucoup de traductions et  le rentabiliser rapidement.

J’utilise aussi beaucoup de glossaires (faciles à faire avec Wordfast), surtout sur des thèmes médicaux qui exigent une cohérence absolue entre les traductions. Je me sers également d’une mémoire de traduction pour être sûre que les termes soient à jour.

Je me sers principalement de Wordfast, de SDLX et de Trados. Très peu de PO Edit, qui est un logiciel gratuit. C’est un investissement, mais qui est rentabilisé au fur et à mesure de mon travail, d’autant que je peux déduire mes outils de travail de mes impôts !

Penses-tu pouvoir traduire des livres et des documents littéraires ?

Je n’en ai jamais eu l’occasion. Je pense que je pourrais, j’ai des amis qui le font et qui m’ont dit que c’était moins aride que des documents techniques : il faut quand même faire des recherches, bien sûr, mais il y a plus de liberté dans le choix des mots. Si j’avais l’occasion et le temps, je n’hésiterais pas une seconde.

Y a-t-il une traduction dont tu es particulièrement fière ?

La traduction qui m’a le plus amusée, c’est un jeu vidéo qui s’appelait Section 8, un jeu vidéo de science-fiction qui est sorti aux Etats-Unis, en France, en Espagne et dans quelques autres pays. C’est moi qui faisais les traductions de l’anglais à l’espagnol américain et quelqu’un d’autre l’adaptait en espagnol d’Espagne. C’était passionnant. Ça nous a pris 5 mois et à la fin je n’en pouvais plus, c’était vraiment un travail à plein temps ; mais c’était très enrichissant, et j’ai pu voir des démos pour le tester. Pas mal, non ? Je teste un jeu vidéo et je relis mes traductions pendant que je zigouille un monstre. Oui, c’est probablement la traduction dont je suis le plus fière !

Comment est-ce que ça marche pour trouver du boulot, est-ce que tu cherches toi-même activement ou est-ce que des agences te contactent directement ?

Je suis sur quelques forums (ProZ, par exemple) pour lesquels je paie des frais d’inscriptions annuels ; je suis également membre de l’ATA. J’ai des clients qui me donnent régulièrement du travail, comme en Espagne ou en Inde. Certaines agences basées à New York me sollicitent pour des relectures, des mises en pages, des tests, etc. Je fais pas mal de choses que j’aime, c’est bien équilibré. Je n’ai pas le temps – et tant mieux – de faire beaucoup de recherches sur ces forums.

Comment sensibilises-tu les clients par rapport à ta charge de travail ?

De nos jours, il faut vraiment apprendre aux clients ce qu’est la traduction et comment ça fonctionne. Du temps où j’étais chef de projet, on recevait des demandes de textes très longs à traduire en un jour. Parfois, ils ne comprennent pas que pour un texte technique, même court, on a besoin d’un spécialiste du domaine, on ne peut pas traduire du technique sans s’y connaître ! Et bien entendu, ils veulent parfois la traduction pour la veille et payent au rabais. Ou à l’inverse, ils te proposent un bon tarif, sauf qu’on ne peut pas faire de la magie, on n’a qu’un cerveau et deux bras !

De même, parfois,  je dois expliquer les différences entre les pays de même langue. Chaque pays hispanophone a ses particularités. Il y a 400 millions d’hispanophones sur terre, ça fait beaucoup ! Les entreprises veulent s’adresser à tout le monde indistinctement, mais une traduction portera toujours  les marques d’un pays, suivant le traducteur. Par exemple, si je traduis pour des Portoricains, les Espagnols comprendront l’essentiel mais pas tout, surtout si le style est familier. On doit faire comprendre au client qu’il doit cibler une population. Sans pour autant exclure les autres, il faut être réaliste ; si tu penses que ton site Internet sera surtout vu par des Latino Américains, fais-le traduire en espagnol d’Amérique et pas en espagnol d’Espagne.

Pour la traduction technique, c’est un peu différent dans la mesure où c’est assez universel, même s’il arrive qu’il y ait des variations comme pneumonie ou pulmonie… même des termes médicaux peuvent varier d’un pays à l’autre, selon le niveau de langue.

Finalement, qu’est-ce que tu penses de la traduction ?

J’ai l’impression d’aider à construire des ponts, à communiquer. Je serais passée à côté de tant de livres s’ils n’avaient pas été traduits en anglais ou en espagnol ! Il y a vraiment quelque chose de beau dans le fait d’aider les gens à communiquer. Aujourd’hui, beaucoup de mes traductions me servent à vivre mais il m’arrive d’en faire pour le plaisir, pour aider, et c’est extrêmement gratifiant d’entendre des gens me remercier et me dire que grâce à ma traduction, ils ont pu comprendre de quoi il s’agissait.

On dit qu’un métier qu’on aime, c’est un métier qu’on ferait même bénévolement : c’est ce qui me confirme que je suis bien à ma place dans le milieu de la traduction.

Merci Mariné!

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J’ai beau être passionnée par la traduction, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à sa théorie. Pourtant, l’ISIT propose de nombreux cours d’histoire de la traduction, de traductologie, etc. et malgré ma curiosité naturelle, je les ai toujours trouvés particulièrement rébarbatifs.

Vous comprendrez donc que quand on m’a offert « Le poisson et le bananier : une formidable histoire de la traduction », je n’étais pas particulièrement emballée. Quelle surprise ! Je me suis trouvée passionnée par cet ouvrage.

Son auteur, David Bellos, est professeur de littérature comparée à l’Université de Princeton et est lui-même un traducteur chevronné. Il est en effet responsable des versions anglaises de Georges Pérec. Tel qu’il le dit lui même ,« ce livre ne vise pas à vous dire comment traduire ou comment je traduis ». Il prend au contraire à contre-pied la tendance de ces ouvrages qui cherchent à expliciter ce qu’est la traduction et comment elle s’apprend.

Il s’intéresse à la traduction littéraire, à la traduction automatique, aux BD d’Astérix, à l’interprétariat ou encore le sous-titrage et ce, sous la forme d’anecdotes plus amusantes et passionnantes les unes que les autres. A quoi servaient les premiers dictionnaires ? Pourquoi l’adjectif « bleu » n’existe pas en russe ? Comment traduire « figue » dans une langue qui n’a aucune idée de ce que peut être une figue ? L’hégémonie de l’anglais est-elle un danger pour les autres idiomes ? Car si le livre fourmille d’anecdotes, il suscite également plein de réflexions en posant des questions auxquelles nous ne pensons pas forcément.

Ce livre plaira bien sûr à tous les amoureux des langues, aux traducteurs mais aussi à tous les curieux qui aiment tout simplement apprendre et comprendre.  Bien que naturellement attirée par les romans, j’ai pourtant adoré « Le poisson et le bananier » … J’espère qu’il en sera de même pour vous !

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Et non, les traducteurs ne sont pas de ceux qui mélangent les langues et font du franglish ou du frangnol ! Au contraire, ce sont souvent les premiers à défendre la pureté linguistique…C’est l’occasion de signaler les anglicismes qui font le plus outrage à la langue française.
Mais rappelons d’abord ce qu’est un anglicisme : il s’agit d’une tournure ou d’une expression calquée sur la langue anglaise (à la différence des “emprunts”, qui sont des mots anglais repris tels quels en français).
Par exemple (et non pas « typiquement« ) :
  • Je ne suis pas « familière avec » le langage informatique mais « habituée au » ou à la limite « familiarisée avec » le langage informatique (si vous ne me croyez pas, l’Office québécois de la langue française vous en convaincra : cliquez ici !)
  • « Faire sens » n’a pas de sens, et encore moins « faire du sens » ! Vous rappelez-vous l’expression française « avoir du sens » ?
  • De même, attention à ne pas vous habituer à l’expression « faire une différence » : voici quelques traductions possibles pour …« vous démarquer »)
  • Je ne suis pas « intéressée par » travailler avec vous mais « ça m’intéresserait de » travailler avec vous ! Enfin, saut si vous adoptez la Van Damme attitude) NB: Lorsque l’expression est suivie d’un nom, ça passe encore (« Je suis très intéressée par le baseball ») mais il est plus français de dire « Le tennis m’intéresse beaucoup » !
  • Les « meilleures pratiques », ça n’existe que dans la langue canadienne : laissez-leur leurs anglicismes, eux ont plus de raisons d’être « confondus » !! En français, on dit les « bonnes pratiques » (si vraiment on tient à cette expression).
  • Le mot « édition », selon la dernière version de notre bon vieux Larousse, désigne la « reproduction, publication et diffusion commerciale de tout ouvrage imprimé, de toute espèce d’œuvre artistique »… et non pas, comme Microsoft a réussi à nous faire croire, une « modification » !
…Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres : pour vous en rendre compte, cliquez ici (pour une version « académique ») ou sur cette image (pour une vision plus humoristique) :
Au fait, on parle d’“anglicismes” pour les tournures calquées sur l’anglais… Mais qu’en est-il des tournures calquées sur les autres langues ?? En voilà quelques unes (merci Wiki) :

Dans le principe, ça n’est pas mieux que les anglicismes, mais au moins c’est plus original, non ?!

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Voici une petite sélection d’images, vidéos et articles récents qui nous ont plu et qui vous intéresseront sûrement !

Autour des langues :

De l’art de manier beaucoup de langues 

Vous pensez qu’apprendre une langue est difficile, et deux, n’en parlons pas ! Découvrez ces personnes qui ont appris à parler jusqu’à 90 langues différentes (et pourquoi vous et moi ne pouvons qu’en rêver).

(en anglais)

 

 

 La carte géniale des dialectes américains

Les incompréhensions dues à l’accent marseillais ou du chtimi ne sont pas que l’apanage des Français ! Découvrez cette carte détaillée de tous les dialectes américains. On n’est pas sortis de l’auberge !

(en anglais)

 

 

Les bébés bilingues

Yep, les bébés ont un cerveau et apprendre différentes langues dès le berceau est un véritable atout ! Pour en savoir plus sur ces petits chanceux qui grandissent dans un environnement multoculturel c’est par ici !

(en anglais)

 

 

Autour de l’interculturalité :

Que veut dire la politesse ?

Pour comprendre d’où vient le mot “politesse” et pourquoi tout ce qui est perçu comme “poli” ou “malpoli” peut être expliqué par notre passé.

(en anglais)

 

 

Jean Dujardin lâche un gros mot aux Oscars

Pourquoi le “putain” de Jean Dujardin lors de la cérémonie des Oscars peut-il choquer l’Amérique (et coûter très cher aux chaînes américaines).

Comment les français sont-ils perçus à l’étranger ?

Petit retour sur les principaux stéréotypes du Français chauvin en passant de la baguette aux aisselles mal épilées aux grèves (attention second degré !).

 

Autour de la traduction automatique :

La traduction instantanée avance à grands pas

Incroyable mais vrai : une application qui traduirait instantanément une conversation téléphonique, ou même entre deux personnes se trouvant dans la même pièce !

 

 

La lanterne du traducteur:

Un excellent aperçu de la traduction automatique aujourd’hui : définition, origines, possibilités vs réalité, différences entre les systèmes de TA, rentabilité, difficultés, perspectives…

(en espagnol)

 

 

 

Attention aux pièges de la linguistique !

Le but principal de cette publicité : vendre des quiches...

…et pour finir en beauté, une vidéo humoristique sur les différents types d’espagnol (en espagnol) :

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 – Les affiches québécoise, française et américaine de «Sex Friends» –

Vous vous posez sans doute vous aussi la question : pourquoi certains titres de films sont-ils traduits et d’autres pas ? Pourquoi certains titres anglais sont-ils traduits par un autre titre en anglais ?

On ne compte plus les bloggers narquois qui dressent des listes de traductions… disons, surprenantes :

  • Made in Dagenham > We Want Sex Equality (?)
  • Not another teen movie > Sex Academy(??)
  • Paradise Alley > La Taverne de l’enfer (???)

Câlice, ça n’est rien comparé à nos cousins québécois ! La protection de la langue française, outre atlantique, peut mener très loin :

  • Pulp Fiction > Fiction pulpeuse…
  • Waiting to Exhale > Vénus dans la Vierge…
  • Chicken Run > Poulets en fuite…
  • Legally Blonde 2 > Blonde et Légale 2…
  • Ghost > Mon fantôme d’amour…
  • Scary Movie > Film de peur !!!

On pourrait étendre ce jeu à tous les pays (les Espagnols y sont aussi très forts), mais je vais me contenter pour le moment de parler des films américains et britanniques importés en France.

Au-delà des sarcasmes et des quelques tendances générales repérées par nos chers bloggers (caser « sex »  ou « American » pour vendre du rêve, placer « mort » ou « enfer » pour faire croire à un film profond, supprimer le « The » pour éviter de se ridiculiser…), ce sujet mérite plus ample analyse : qui décide quoi ? Est-ce une question de réglementation ?

Toutes les boîtes de distribution cinématographique pratiquent le retitrage. Il arrive que les distributeurs lancent des sondages (comme pour The Reader), voire des concours de traduction (comme pour le film de Tarantino Deathproof, traduit par Boulevard de la mort)… Bref, le processus peut durer plusieurs mois !

Selon une étude publiée en 2010 sur Slate.fr, « 57% des 200 films américains sortis en France en 2009 et 2010 par les 7 plus gros distributeurs ont été retitrés en français, et 43% avaient un titre anglais (35% leur titre original, 8% retitrés en anglais) ».
Lire le détail des statistiques

« Il n’existe bien sûr pas de recette que les distributeurs appliquent à telle ou telle catégorie de films, précise l’auteur de cette étude. Même si l’on peut dégager quelques grands principes, il y aura toujours des exceptions qui viendront confirmer les règles suivantes :

  1. On traduit les titres des films pour enfants
  2. On change ou on traduit les titres qui ne veulent rien dire pour des Français (No Strings attached est ainsi devenu Sexfriends : ça a le mérite d’être clair !)
  3. On traduit ou on change si le titre en anglais est trop compliqué à prononcer et/ou à mémoriser
  4. On garde le titre original des films de genre
  5. On garde le titre français du livre qui a inspiré une adaptation

Au même titre que l’affiche, la bande-annonce et la campagne publicitaire, le titre fait en fait partie de la stratégie marketing du film, elle-même fondée sur des valeurs culturelles. On décide de la cible, de l’image qu’on veut en donner, de son positionnement, et le processus interculturel intervient à chacune de ces étapes (à noter : il se limite ici aux cultures nationales, la distribution des films se faisant pays par pays).

Les titres de films tirent leur valeur de 3 facteurs : sonorités, connotations, références.

  • Sonorités :
           
              Affiche américaine                                  Affiche française

« Chevalier et jour » n’a clairement pas une résonance très harmonieuse… On préfère donc encore une fois céder à l’attrait de l’exotisme (et surtout de l’anglais). Et au cas où le mot « knight » ait à l’époque échappé à nos révisions, mieux vaut carrément laisser tomber le jeu de mot !

  • Connotations :

              Affiche américaine                                  Affiche française

« La logique, comme on peut le lire dans l’article de Slate.fr, aurait voulu reprendre le titre du livre en France, Le Liseur, mais l’équipe craignait que, dans l’inconscient collectif français, ce titre trop « intello » ne traduise pas l’émotion et la tension dramatique du film. Un organisme de test a montré une affiche « The Reader » à 500 personnes et une affiche « Le Liseur » à 500 autres, et en a conclu que « Le Liseur » avait tendance à repousser, contrairement à « The Reader » ».
  • Références :
          
            Affiche américaine                                  Affiche française
Comme le signale encore l’auteur de l’étude, « « The Greek » faisant référence à un théâtre de Los Angeles, il n’évoquerait rien au public français. Retitrage donc, mais retitrage en anglais, avec « American », caution cool assurée, et « Trip », qui évoquera peut-être le succès qu’a été en 2009 Very Bad Trip ? »

Bref, le retitrage n’est pas un jeu à celui qui trouve la traduction la plus insensée : c’est bel et bien une démarche emblématique de la communication interculturelle.

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