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Archive for avril 2012

Mariné est une traductrice indépendante (ou « freelance ») espagnole basée à New York. Elle a d’abord fait un bac de bio à Porto Rico, puis des études de psychologie générale et de communication des médias. Elle n’a jamais étudié la traduction mais a contribué à la traduction et à la relecture d’un livre pour l’un de ses professeurs, et s’est alors prise d’intérêt pour ce métier. Elle a déménagé à New York pour travailler comme chef de projet en espagnol dans le secteur de la traduction, avant de s’installer en indépendante.

Penses-tu que le fait de n’avoir pas de diplôme en traduction peut être gênant ?

C’est certain. Lorsque j’ai décidé de travailler comme traductrice indépendante, j’ai cherché à me certifier, et je suis devenue membre certifié d’ ATA (American Translators Association). C’est important car cela donne une certaine garantie au client qui consulte ton CV. Certains clients exigent des traducteurs certifiés, donc mieux vaut l’être.

En m’installant à NY, j’ai tout appris du secteur de la traduction, ce qui m’a aidée à comprendre son fonctionnement : les outils de traduction, les règles, la localisation (c’est-à-dire non seulement la traduction mais aussi l’adaptation culturelle) : autant de détails auxquels je n’aurait pas prêté attention avant, n’ayant pas de formation dans le domaine.

Je ne sais pas si c’est une empreinte de mes années de bio, mais les traductions que j’ai le plus aimé faire sont les traductions médicales. Je traduis beaucoup dans ce domaine : services médicaux, travaux de recherche. J’aime vraiment ce genre de traductions.

A quoi ressemblent tes journées de traductrice ?

Je dois admettre que je lis très peu souvent le texte en entier avant de le traduire. Je fais pas mal de recherches tout au long de mon travail, j’ai beaucoup de dictionnaires techniques (en version numérique, bien sûr, car sinon ce serait impossible à transporter !). Le dictionnaire technique le plus cher que j’ai acheté est un véritable monstre que j’utilise pour un client au Bangalore. Il m’a coûté 600 $ mais j’ai pu faire beaucoup de traductions et  le rentabiliser rapidement.

J’utilise aussi beaucoup de glossaires (faciles à faire avec Wordfast), surtout sur des thèmes médicaux qui exigent une cohérence absolue entre les traductions. Je me sers également d’une mémoire de traduction pour être sûre que les termes soient à jour.

Je me sers principalement de Wordfast, de SDLX et de Trados. Très peu de PO Edit, qui est un logiciel gratuit. C’est un investissement, mais qui est rentabilisé au fur et à mesure de mon travail, d’autant que je peux déduire mes outils de travail de mes impôts !

Penses-tu pouvoir traduire des livres et des documents littéraires ?

Je n’en ai jamais eu l’occasion. Je pense que je pourrais, j’ai des amis qui le font et qui m’ont dit que c’était moins aride que des documents techniques : il faut quand même faire des recherches, bien sûr, mais il y a plus de liberté dans le choix des mots. Si j’avais l’occasion et le temps, je n’hésiterais pas une seconde.

Y a-t-il une traduction dont tu es particulièrement fière ?

La traduction qui m’a le plus amusée, c’est un jeu vidéo qui s’appelait Section 8, un jeu vidéo de science-fiction qui est sorti aux Etats-Unis, en France, en Espagne et dans quelques autres pays. C’est moi qui faisais les traductions de l’anglais à l’espagnol américain et quelqu’un d’autre l’adaptait en espagnol d’Espagne. C’était passionnant. Ça nous a pris 5 mois et à la fin je n’en pouvais plus, c’était vraiment un travail à plein temps ; mais c’était très enrichissant, et j’ai pu voir des démos pour le tester. Pas mal, non ? Je teste un jeu vidéo et je relis mes traductions pendant que je zigouille un monstre. Oui, c’est probablement la traduction dont je suis le plus fière !

Comment est-ce que ça marche pour trouver du boulot, est-ce que tu cherches toi-même activement ou est-ce que des agences te contactent directement ?

Je suis sur quelques forums (ProZ, par exemple) pour lesquels je paie des frais d’inscriptions annuels ; je suis également membre de l’ATA. J’ai des clients qui me donnent régulièrement du travail, comme en Espagne ou en Inde. Certaines agences basées à New York me sollicitent pour des relectures, des mises en pages, des tests, etc. Je fais pas mal de choses que j’aime, c’est bien équilibré. Je n’ai pas le temps – et tant mieux – de faire beaucoup de recherches sur ces forums.

Comment sensibilises-tu les clients par rapport à ta charge de travail ?

De nos jours, il faut vraiment apprendre aux clients ce qu’est la traduction et comment ça fonctionne. Du temps où j’étais chef de projet, on recevait des demandes de textes très longs à traduire en un jour. Parfois, ils ne comprennent pas que pour un texte technique, même court, on a besoin d’un spécialiste du domaine, on ne peut pas traduire du technique sans s’y connaître ! Et bien entendu, ils veulent parfois la traduction pour la veille et payent au rabais. Ou à l’inverse, ils te proposent un bon tarif, sauf qu’on ne peut pas faire de la magie, on n’a qu’un cerveau et deux bras !

De même, parfois,  je dois expliquer les différences entre les pays de même langue. Chaque pays hispanophone a ses particularités. Il y a 400 millions d’hispanophones sur terre, ça fait beaucoup ! Les entreprises veulent s’adresser à tout le monde indistinctement, mais une traduction portera toujours  les marques d’un pays, suivant le traducteur. Par exemple, si je traduis pour des Portoricains, les Espagnols comprendront l’essentiel mais pas tout, surtout si le style est familier. On doit faire comprendre au client qu’il doit cibler une population. Sans pour autant exclure les autres, il faut être réaliste ; si tu penses que ton site Internet sera surtout vu par des Latino Américains, fais-le traduire en espagnol d’Amérique et pas en espagnol d’Espagne.

Pour la traduction technique, c’est un peu différent dans la mesure où c’est assez universel, même s’il arrive qu’il y ait des variations comme pneumonie ou pulmonie… même des termes médicaux peuvent varier d’un pays à l’autre, selon le niveau de langue.

Finalement, qu’est-ce que tu penses de la traduction ?

J’ai l’impression d’aider à construire des ponts, à communiquer. Je serais passée à côté de tant de livres s’ils n’avaient pas été traduits en anglais ou en espagnol ! Il y a vraiment quelque chose de beau dans le fait d’aider les gens à communiquer. Aujourd’hui, beaucoup de mes traductions me servent à vivre mais il m’arrive d’en faire pour le plaisir, pour aider, et c’est extrêmement gratifiant d’entendre des gens me remercier et me dire que grâce à ma traduction, ils ont pu comprendre de quoi il s’agissait.

On dit qu’un métier qu’on aime, c’est un métier qu’on ferait même bénévolement : c’est ce qui me confirme que je suis bien à ma place dans le milieu de la traduction.

Merci Mariné!

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J’ai beau être passionnée par la traduction, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à sa théorie. Pourtant, l’ISIT propose de nombreux cours d’histoire de la traduction, de traductologie, etc. et malgré ma curiosité naturelle, je les ai toujours trouvés particulièrement rébarbatifs.

Vous comprendrez donc que quand on m’a offert « Le poisson et le bananier : une formidable histoire de la traduction », je n’étais pas particulièrement emballée. Quelle surprise ! Je me suis trouvée passionnée par cet ouvrage.

Son auteur, David Bellos, est professeur de littérature comparée à l’Université de Princeton et est lui-même un traducteur chevronné. Il est en effet responsable des versions anglaises de Georges Pérec. Tel qu’il le dit lui même ,« ce livre ne vise pas à vous dire comment traduire ou comment je traduis ». Il prend au contraire à contre-pied la tendance de ces ouvrages qui cherchent à expliciter ce qu’est la traduction et comment elle s’apprend.

Il s’intéresse à la traduction littéraire, à la traduction automatique, aux BD d’Astérix, à l’interprétariat ou encore le sous-titrage et ce, sous la forme d’anecdotes plus amusantes et passionnantes les unes que les autres. A quoi servaient les premiers dictionnaires ? Pourquoi l’adjectif « bleu » n’existe pas en russe ? Comment traduire « figue » dans une langue qui n’a aucune idée de ce que peut être une figue ? L’hégémonie de l’anglais est-elle un danger pour les autres idiomes ? Car si le livre fourmille d’anecdotes, il suscite également plein de réflexions en posant des questions auxquelles nous ne pensons pas forcément.

Ce livre plaira bien sûr à tous les amoureux des langues, aux traducteurs mais aussi à tous les curieux qui aiment tout simplement apprendre et comprendre.  Bien que naturellement attirée par les romans, j’ai pourtant adoré « Le poisson et le bananier » … J’espère qu’il en sera de même pour vous !

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