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Portrait de traductrice

Mariné est une traductrice indépendante (ou « freelance ») espagnole basée à New York. Elle a d’abord fait un bac de bio à Porto Rico, puis des études de psychologie générale et de communication des médias. Elle n’a jamais étudié la traduction mais a contribué à la traduction et à la relecture d’un livre pour l’un de ses professeurs, et s’est alors prise d’intérêt pour ce métier. Elle a déménagé à New York pour travailler comme chef de projet en espagnol dans le secteur de la traduction, avant de s’installer en indépendante.

Penses-tu que le fait de n’avoir pas de diplôme en traduction peut être gênant ?

C’est certain. Lorsque j’ai décidé de travailler comme traductrice indépendante, j’ai cherché à me certifier, et je suis devenue membre certifié d’ ATA (American Translators Association). C’est important car cela donne une certaine garantie au client qui consulte ton CV. Certains clients exigent des traducteurs certifiés, donc mieux vaut l’être.

En m’installant à NY, j’ai tout appris du secteur de la traduction, ce qui m’a aidée à comprendre son fonctionnement : les outils de traduction, les règles, la localisation (c’est-à-dire non seulement la traduction mais aussi l’adaptation culturelle) : autant de détails auxquels je n’aurait pas prêté attention avant, n’ayant pas de formation dans le domaine.

Je ne sais pas si c’est une empreinte de mes années de bio, mais les traductions que j’ai le plus aimé faire sont les traductions médicales. Je traduis beaucoup dans ce domaine : services médicaux, travaux de recherche. J’aime vraiment ce genre de traductions.

A quoi ressemblent tes journées de traductrice ?

Je dois admettre que je lis très peu souvent le texte en entier avant de le traduire. Je fais pas mal de recherches tout au long de mon travail, j’ai beaucoup de dictionnaires techniques (en version numérique, bien sûr, car sinon ce serait impossible à transporter !). Le dictionnaire technique le plus cher que j’ai acheté est un véritable monstre que j’utilise pour un client au Bangalore. Il m’a coûté 600 $ mais j’ai pu faire beaucoup de traductions et  le rentabiliser rapidement.

J’utilise aussi beaucoup de glossaires (faciles à faire avec Wordfast), surtout sur des thèmes médicaux qui exigent une cohérence absolue entre les traductions. Je me sers également d’une mémoire de traduction pour être sûre que les termes soient à jour.

Je me sers principalement de Wordfast, de SDLX et de Trados. Très peu de PO Edit, qui est un logiciel gratuit. C’est un investissement, mais qui est rentabilisé au fur et à mesure de mon travail, d’autant que je peux déduire mes outils de travail de mes impôts !

Penses-tu pouvoir traduire des livres et des documents littéraires ?

Je n’en ai jamais eu l’occasion. Je pense que je pourrais, j’ai des amis qui le font et qui m’ont dit que c’était moins aride que des documents techniques : il faut quand même faire des recherches, bien sûr, mais il y a plus de liberté dans le choix des mots. Si j’avais l’occasion et le temps, je n’hésiterais pas une seconde.

Y a-t-il une traduction dont tu es particulièrement fière ?

La traduction qui m’a le plus amusée, c’est un jeu vidéo qui s’appelait Section 8, un jeu vidéo de science-fiction qui est sorti aux Etats-Unis, en France, en Espagne et dans quelques autres pays. C’est moi qui faisais les traductions de l’anglais à l’espagnol américain et quelqu’un d’autre l’adaptait en espagnol d’Espagne. C’était passionnant. Ça nous a pris 5 mois et à la fin je n’en pouvais plus, c’était vraiment un travail à plein temps ; mais c’était très enrichissant, et j’ai pu voir des démos pour le tester. Pas mal, non ? Je teste un jeu vidéo et je relis mes traductions pendant que je zigouille un monstre. Oui, c’est probablement la traduction dont je suis le plus fière !

Comment est-ce que ça marche pour trouver du boulot, est-ce que tu cherches toi-même activement ou est-ce que des agences te contactent directement ?

Je suis sur quelques forums (ProZ, par exemple) pour lesquels je paie des frais d’inscriptions annuels ; je suis également membre de l’ATA. J’ai des clients qui me donnent régulièrement du travail, comme en Espagne ou en Inde. Certaines agences basées à New York me sollicitent pour des relectures, des mises en pages, des tests, etc. Je fais pas mal de choses que j’aime, c’est bien équilibré. Je n’ai pas le temps – et tant mieux – de faire beaucoup de recherches sur ces forums.

Comment sensibilises-tu les clients par rapport à ta charge de travail ?

De nos jours, il faut vraiment apprendre aux clients ce qu’est la traduction et comment ça fonctionne. Du temps où j’étais chef de projet, on recevait des demandes de textes très longs à traduire en un jour. Parfois, ils ne comprennent pas que pour un texte technique, même court, on a besoin d’un spécialiste du domaine, on ne peut pas traduire du technique sans s’y connaître ! Et bien entendu, ils veulent parfois la traduction pour la veille et payent au rabais. Ou à l’inverse, ils te proposent un bon tarif, sauf qu’on ne peut pas faire de la magie, on n’a qu’un cerveau et deux bras !

De même, parfois,  je dois expliquer les différences entre les pays de même langue. Chaque pays hispanophone a ses particularités. Il y a 400 millions d’hispanophones sur terre, ça fait beaucoup ! Les entreprises veulent s’adresser à tout le monde indistinctement, mais une traduction portera toujours  les marques d’un pays, suivant le traducteur. Par exemple, si je traduis pour des Portoricains, les Espagnols comprendront l’essentiel mais pas tout, surtout si le style est familier. On doit faire comprendre au client qu’il doit cibler une population. Sans pour autant exclure les autres, il faut être réaliste ; si tu penses que ton site Internet sera surtout vu par des Latino Américains, fais-le traduire en espagnol d’Amérique et pas en espagnol d’Espagne.

Pour la traduction technique, c’est un peu différent dans la mesure où c’est assez universel, même s’il arrive qu’il y ait des variations comme pneumonie ou pulmonie… même des termes médicaux peuvent varier d’un pays à l’autre, selon le niveau de langue.

Finalement, qu’est-ce que tu penses de la traduction ?

J’ai l’impression d’aider à construire des ponts, à communiquer. Je serais passée à côté de tant de livres s’ils n’avaient pas été traduits en anglais ou en espagnol ! Il y a vraiment quelque chose de beau dans le fait d’aider les gens à communiquer. Aujourd’hui, beaucoup de mes traductions me servent à vivre mais il m’arrive d’en faire pour le plaisir, pour aider, et c’est extrêmement gratifiant d’entendre des gens me remercier et me dire que grâce à ma traduction, ils ont pu comprendre de quoi il s’agissait.

On dit qu’un métier qu’on aime, c’est un métier qu’on ferait même bénévolement : c’est ce qui me confirme que je suis bien à ma place dans le milieu de la traduction.

Merci Mariné!

J’ai beau être passionnée par la traduction, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à sa théorie. Pourtant, l’ISIT propose de nombreux cours d’histoire de la traduction, de traductologie, etc. et malgré ma curiosité naturelle, je les ai toujours trouvés particulièrement rébarbatifs.

Vous comprendrez donc que quand on m’a offert « Le poisson et le bananier : une formidable histoire de la traduction », je n’étais pas particulièrement emballée. Quelle surprise ! Je me suis trouvée passionnée par cet ouvrage.

Son auteur, David Bellos, est professeur de littérature comparée à l’Université de Princeton et est lui-même un traducteur chevronné. Il est en effet responsable des versions anglaises de Georges Pérec. Tel qu’il le dit lui même ,« ce livre ne vise pas à vous dire comment traduire ou comment je traduis ». Il prend au contraire à contre-pied la tendance de ces ouvrages qui cherchent à expliciter ce qu’est la traduction et comment elle s’apprend.

Il s’intéresse à la traduction littéraire, à la traduction automatique, aux BD d’Astérix, à l’interprétariat ou encore le sous-titrage et ce, sous la forme d’anecdotes plus amusantes et passionnantes les unes que les autres. A quoi servaient les premiers dictionnaires ? Pourquoi l’adjectif « bleu » n’existe pas en russe ? Comment traduire « figue » dans une langue qui n’a aucune idée de ce que peut être une figue ? L’hégémonie de l’anglais est-elle un danger pour les autres idiomes ? Car si le livre fourmille d’anecdotes, il suscite également plein de réflexions en posant des questions auxquelles nous ne pensons pas forcément.

Ce livre plaira bien sûr à tous les amoureux des langues, aux traducteurs mais aussi à tous les curieux qui aiment tout simplement apprendre et comprendre.  Bien que naturellement attirée par les romans, j’ai pourtant adoré « Le poisson et le bananier » … J’espère qu’il en sera de même pour vous !

Et non, les traducteurs ne sont pas de ceux qui mélangent les langues et font du franglish ou du frangnol ! Au contraire, ce sont souvent les premiers à défendre la pureté linguistique…C’est l’occasion de signaler les anglicismes qui font le plus outrage à la langue française.
Mais rappelons d’abord ce qu’est un anglicisme : il s’agit d’une tournure ou d’une expression calquée sur la langue anglaise (à la différence des “emprunts”, qui sont des mots anglais repris tels quels en français).
Par exemple (et non pas « typiquement« ) :
  • Je ne suis pas « familière avec » le langage informatique mais « habituée au » ou à la limite « familiarisée avec » le langage informatique (si vous ne me croyez pas, l’Office québécois de la langue française vous en convaincra : cliquez ici !)
  • « Faire sens » n’a pas de sens, et encore moins « faire du sens » ! Vous rappelez-vous l’expression française « avoir du sens » ?
  • De même, attention à ne pas vous habituer à l’expression « faire une différence » : voici quelques traductions possibles pour …« vous démarquer »)
  • Je ne suis pas « intéressée par » travailler avec vous mais « ça m’intéresserait de » travailler avec vous ! Enfin, saut si vous adoptez la Van Damme attitude) NB: Lorsque l’expression est suivie d’un nom, ça passe encore (« Je suis très intéressée par le baseball ») mais il est plus français de dire « Le tennis m’intéresse beaucoup » !
  • Les « meilleures pratiques », ça n’existe que dans la langue canadienne : laissez-leur leurs anglicismes, eux ont plus de raisons d’être « confondus » !! En français, on dit les « bonnes pratiques » (si vraiment on tient à cette expression).
  • Le mot « édition », selon la dernière version de notre bon vieux Larousse, désigne la « reproduction, publication et diffusion commerciale de tout ouvrage imprimé, de toute espèce d’œuvre artistique »… et non pas, comme Microsoft a réussi à nous faire croire, une « modification » !
…Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres : pour vous en rendre compte, cliquez ici (pour une version « académique ») ou sur cette image (pour une vision plus humoristique) :
Au fait, on parle d’“anglicismes” pour les tournures calquées sur l’anglais… Mais qu’en est-il des tournures calquées sur les autres langues ?? En voilà quelques unes (merci Wiki) :

Dans le principe, ça n’est pas mieux que les anglicismes, mais au moins c’est plus original, non ?!

Revue de presse

Voici une petite sélection d’images, vidéos et articles récents qui nous ont plu et qui vous intéresseront sûrement !

Autour des langues :

De l’art de manier beaucoup de langues 

Vous pensez qu’apprendre une langue est difficile, et deux, n’en parlons pas ! Découvrez ces personnes qui ont appris à parler jusqu’à 90 langues différentes (et pourquoi vous et moi ne pouvons qu’en rêver).

(en anglais)

 

 

 La carte géniale des dialectes américains

Les incompréhensions dues à l’accent marseillais ou du chtimi ne sont pas que l’apanage des Français ! Découvrez cette carte détaillée de tous les dialectes américains. On n’est pas sortis de l’auberge !

(en anglais)

 

 

Les bébés bilingues

Yep, les bébés ont un cerveau et apprendre différentes langues dès le berceau est un véritable atout ! Pour en savoir plus sur ces petits chanceux qui grandissent dans un environnement multoculturel c’est par ici !

(en anglais)

 

 

Autour de l’interculturalité :

Que veut dire la politesse ?

Pour comprendre d’où vient le mot “politesse” et pourquoi tout ce qui est perçu comme “poli” ou “malpoli” peut être expliqué par notre passé.

(en anglais)

 

 

Jean Dujardin lâche un gros mot aux Oscars

Pourquoi le “putain” de Jean Dujardin lors de la cérémonie des Oscars peut-il choquer l’Amérique (et coûter très cher aux chaînes américaines).

Comment les français sont-ils perçus à l’étranger ?

Petit retour sur les principaux stéréotypes du Français chauvin en passant de la baguette aux aisselles mal épilées aux grèves (attention second degré !).

 

Autour de la traduction automatique :

La traduction instantanée avance à grands pas

Incroyable mais vrai : une application qui traduirait instantanément une conversation téléphonique, ou même entre deux personnes se trouvant dans la même pièce !

 

 

La lanterne du traducteur:

Un excellent aperçu de la traduction automatique aujourd’hui : définition, origines, possibilités vs réalité, différences entre les systèmes de TA, rentabilité, difficultés, perspectives…

(en espagnol)

 

 

 

Attention aux pièges de la linguistique !

Le but principal de cette publicité : vendre des quiches...

…et pour finir en beauté, une vidéo humoristique sur les différents types d’espagnol (en espagnol) :

 

 

Ces derniers temps, les échanges entre universités du monde entier sont devenus très populaires. Chaque année, les étudiants sont très nombreux à partir à l’étranger pour y effectuer une partie de leurs études ou pour y faire un stage. Souvent, ils reviennent avec des souvenirs forts, de nouvelles connaissances et des expériences précieuses.

Au sein de l’Union européenne, le programme Erasmus est de loin le plus connu. Erasmus est l’acronyme de European Community Action Scheme for the Mobility of University Students et le programme tire son inspiration de l’humaniste Desiderius Erasmus, qui était à son époque un vrai pionnier sur le plan des études  à l’étranger. Le programme a été créé il y a 25 ans afin de stimuler l’échange entre les étudiants et les professeurs. Depuis ce moment-là, plus de deux millions d’européens ont reçu une bourse pour étudier dans une université partenaire pendant un ou deux semestres. Au cours de l’année académique 2009-2010, le nombre d’étudiants en Erasmus a atteint son record avec pas moins de 200 000 inscriptions. La France, l’Allemagne et l’Espagne sont  les pays qui accueillent et reçoivent à la fois le plus grand nombre d’étudiants.

(source : http://ec.europa.eu/education/lifelong-learning-programme/doc80_en.htm)

A présent, avoir de l’expérience à l’étranger n’est plus uniquement un atout, c’est presque une nécessité.

Quels sont les principaux avantages d’un séjour à l’étranger ?

Tout d’abord, il y a l’enrichissement académique. Etant donné qu’à l’étranger souvent le système scolaire est différent et les cours sont dispensés d’une autre manière, vous avez une vision plus large et une compréhension plus profonde de la matière. Vous apprenez à maîtriser différentes méthodes de travail et vous vous enrichissez en considérant la matière d’un autre point de vue.

En outre, vous êtes le plus souvent immergé dans une nouvelle langue et une nouvelle culture, ce qui représente une expérience passionnante et en plus un grand avantage sur votre CV. A travers le contact avec la population locale, vous pouvez éprouver la nouvelle culture depuis le premier rang et vous avez une meilleure compréhension des habitudes, de la mentalité et du fonctionnement du pays.

L’enrichissement personnel d’un séjour à l’étranger est encore plus profond que l’enrichissement académique. Vous apprenez à vous débrouiller et à être indépendant. Des problèmes ? Vous les résolvez vous-même, sachant qu’il n’y a bien souvent personne autour de vous pour vous aider. Vos expériences multiculturelles vous aident à élargir votre horizon et vous serviront plus tard dans la vie professionnelle. Vous apprenez à vous développer et à être ouvert à de nouvelles rencontres. Très souvent, des amitiés très fortes naissent d’une période d’échange avec des gens du monde entier. De cette façon-là, vous construisez un réseau international, ce qui peut toujours servir dans une recherche d’emploi.

En général, les employeurs estiment que les étudiants ayant une expérience à l’étranger ont des qualités manageriales, savent s’adapter à n’importe quelle situation et en particulier dans les situations interculturelles. En plus, ils n’ont pas peur de partir à l’étranger pour des raisons professionnelles.

Vous n’êtes toujours pas convaincu de l’utilité d’une expérience internationale ? N’hésitez pas, prenez vos valises et vivez une expérience inoubliable pour le découvrir vous-même.

Pour plus d’informations sur le programme Erasmus (en anglais) :

http://ec.europa.eu/education/lifelong-learning-programme/doc80_en.htm

Quelques témoignages d’une expérience à l’étranger (en anglais) :

http://www.qub.ac.uk/schools/SchoolofEnglish/FileStoregeneral/DeborahONeill/Filetoupload,101315,en.pdf

http://www.i-studentlife.com/2009/08/alec-wilding-my-erasmus-experience

http://erasmusu.com/en/erasmus-experiences

Les stéréotypes

 

 

Nous avons tous des pensées stéréotypées à propos de certaines cultures, parfois basées sur nos propres expériences, parfois pas du tout. Pensons au Néerlandais avare avec les cheveux blonds et le pantalon trop court, à l’Anglais galant et bien stylé qui sirote son thé, pensons au Casanova espagnol qui fait une petite sieste, à l’Allemand ponctuel ou au Russe froid qui n’a aucun problème à enchaîner les verres de vodka…

Les stéréotypes sont de tous les temps et de toutes les cultures, et ils sont confirmés et renforcés davantage par leur présence dans la littérature et dans les médias. La discipline qui s’occupe de cette création d’image s’appelle l’imagologie. Malgré le fait que la recherche imagologique est rare, c’est tres intéressant. Un vrai pionnier de ce domaine est Joep Leerssen, professeur de littérature européenne moderne au sein de l’Université d’Amsterdam. Il a publié le livre Imagology. The cultural construction and literary representation of national characters, dans lequel des stéréotypes de différentes cultures et nationalités à travers l’histoire sont décrits.

Une approche plus récente, on la retrouve chez Ferber & Davies. Dans leur livre Pardon our French: French Stereotypes in American Media, ils se focalisent surtout sur l’image que les Américains ont des Français. Ils sont entre autres perçus comme romantiques, séduisants, antipathiques, arrogants, pédants, autoritaires, chamailleurs, négatifs, égoïstes, immoraux, gourmets et élégants. En plus, ils sentent mauvais, ils ne se rasent pas, ils discutent sans prendre des décisions, ils ne respectent pas les règles, les échéances et les procédures, ils font la grève tout le temps et ils fument constamment.

Ces stéréotypes sont entre autres confirmés dans les romans de Stephen Clarke, comme God save la France et God save les Françaises. Clarke est un auteur britannique qui habite depuis longtemps en France. Ses romans – originalement en anglais – décrivent d’une façon humoristique l’intégration du protagoniste, l’Anglais Paul West, en France. Les différences culturelles entre la France et l’Angleterre sont amplement décrites, juste comme de nombreux aspects de la culture française. West va à Paris avec des opinions fortement stéréotypées et une fois arrivé, il vérifie si tous ces clichés sont vrais ou complètement inventés.

Pour conclure, quelques passages drôles de God save la France, remplis de stéréotypes français :

  • OK, tout ça est très constructif, dit Jean-Marie. Une vraie réunion à l’anglaise. On prend des décisions. Des décisions? On n’arrive pas à se mettre d’accord, donc on engage un consultant qui se laisse corrompre pour retenir les idées les plus bêtes. À moi, ça ne paraissait pas très constructif.

  • HLM (Elle épela le mot en anglais.) Ça veut dire habitation a loyer modéré. Des appart’ pas chers. (Elle gloussa.) Mais les occupants sont tous avocats, médecins, etc. ou fils et filles et amis de politiciens. Papa m’a eu le mien par un copain à l’Hôtel de Ville.

  • Il expliqua que le serveur voulait encaisser maintenant car, comme tous les serveurs syndiqués de Paris – soit la majorité des pingouins en veste noire, presque tous mâles, bizarrement -, il se mettait en grève à partir de maintenant, 13 heures.

  • Aux autres tables, les gens se lançaient dans le même deal mais le serveur les engueulait ou les ignorait.

Des informations supplémentaires :

Une petite vidéo sur le Français stéréotypé :

http://www.youtube.com/watch?v=ERD2TnMNH98 (version anglaise)

http://www.youtube.com/watch?v=OCIAyHEFTrQ&feature=relmfu (version française)

Plus d’informations sur Stephen Clarke et ses romans :

http://www.stephenclarkewriter.com

Par Hélène Classine (5e MI)

Un succès français qui aurait beaucoup de mal à s’imposer en Amérique du Nord

Le concept

Chaque année en France, dès la fin des vendanges fin septembre, des foires aux vins sont organisées dans les supermarchés. Durant une ou deux semaines, un vaste espace est consacré aux vins, et les consommateurs peuvent y trouver un large choix de vins adapté à toutes les bourses.

"On va boire un verre ?"

Dans les plus grands supermarchés, des personnes sont spécialement employées dans ces espaces pour conseiller les clients et leur proposer une dégustation.

Ce concept commercial est profondément ancré dans la culture française. Tous les ans, les foires aux vins des supermarchés connaissent un grand succès : environ 20% des ventes annuelles de vins en France se font à cette occasion.


Comment expliquer un tel succès ?

Les foires aux vins ont été initiées par les supermarchés Leclerc et Auchan dans les années 70. D’autres supermarchés, ainsi que des marchands de vins et de liqueurs, se sont ensuite lancés.

La France et le vin
Là où dans certains pays la bière est la première boisson alcoolique (et non pas alcoolisée : voici un article de 7 pages publié sur erudit.org pour vous en convaincre !), le vin est la principale en France.

Il s’agit tout d’abord d’un des aspects majeurs de la culture française. La France est connue pour sa cuisine, qui doit toujours être accompagnée du vin le plus adapté. De plus, il représente bien plus qu’une simple boisson alcoolique : il fait partie intégrante du repas – si ce n’est tous les jours, du moins le dimanche. Traditionnellement, le vin est synonyme de fête, de plaisir et de partage.

De nombreuses études ont également démontré les bienfaits du vin (consommé modérément) sur la santé, notamment ses effets préventifs contre les maladies cardiovasculaires, le cancer et la démence !

Il faut également signaler que la France est le premier producteur de vin au monde (avant l’Italie et l’Espagne) et le troisième exportateur. 3 420 vins différents y sont produits.

Les supermarchés et le vin
Les consommateurs peuvent acheter du vin directement au producteur ou par l’intermédiaire de coopératives ou de magasins spécialisés. Cependant, 7 bouteilles sur 10 sont vendues en grande surface, où il est en général le moins cher et le plus accessible : lorsque l’on invite des amis ou de la famille à dîner,  on peut choisir le vin et de quoi préparer le repas en même temps et au même endroit, ce qui rend la tâche bien plus facile et rapide.

Une opération commerciale
Si ce concept commercial a du succès, c’est parce que les supermarchés utilisent une tradition culturelle pour mettre en avant un produit. Ce concept permet aux professionnels d’acheter de bons vins à des prix intéressants, aux consommateurs avisés de développer leur savoir et de découvrir de nouveaux produits, et aux non-spécialistes d’apprendre les bases d’œnologie.

Pourquoi ce concept ne pourrait-il pas prendre en Amérique du Nord ?

Le concept des foires aux vins aurait à faire face à de sérieux obstacles pour s’imposer aux Etats-Unis ou au Canada.

Contexte juridique
Le premier obstacle est d’ordre juridique. Dans la plupart des Etats ou provinces de chacun de ces pays, la vente d’alcool est hautement régulée. Le 21ème amendement de la Constitution américaine autorise chaque État à réglementer la vente et la consommation de boissons alcoolisées.

Il est en général interdit de vendre de l’alcool dans les grandes surfaces : seuls les magasins spécialisés en possession d’une licence en ont le droit. Il serait donc impossible d’organiser des foires aux vins dans des supermarchés.

Contexte culturel
La gastronomie et le vin ne sont pas constitutifs de la culture nord-américaine comme c’est le cas en France : même si la consommation de vin y croît rapidement, ça n’est pas encore une pratique bien ancrée.

En 2010, la consommation moyenne par personne s’élevait à 9,6 litres aux Etats-Unis, à 13,4 litres au Canada… et à presque 50 litres en France !

Dans l’hexagone, la plupart des parents permettent à leurs enfants de prendre du vin bien avant l’âge légal. Ils leur enseignent de cette façon un aspect de leur culture et de leur histoire. Ce comportement est très rare en Amérique du Nord, où le vin n’est qu’une boisson alcoolique parmi d’autres et se consomme en général en dehors des repas, n’étant pas associé à la gastronomie.

C’est aussi le contexte culturel qui explique pourquoi on trouve sur le continent américain une grande variété d’emballages (bouteilles en plastique, tétra-bricks, bouteilles en verre faciles à déboucher, etc.) ; ceux-ci existent maintenant en France mais en bien moins grande quantité, les consommateurs ayant mis longtemps à les accepter et à en acheter.

Contexte économique
D’un point de vue économique, les foires aux vins aux Etats-Unis seraient difficilement rentables, quand bien même la loi les autorisait.

Le système de distribution aux Etats-Unis est très complexe. La multitude d’intermédiaires entraîne l’augmentation des prix du marché du vin et le rend moins accessible au grand public.

Les vignobles aux Etats-Unis

Bien que les Etats-Unis soient le 1er consommateur de vin au monde(étant donné le nombre considérable de consommateurs potentiels) et le 4ème producteur, la part du vin représente moins de 10% de leur consommation totale de boissons alcooliques.

Et même si la consommation individuelle de vin a doublé en 40 ans aux Etats-Unis et a augmenté de 66% dans les 10 dernières années au Canada (!), elle reste marginale dans ces pays-là.

***

En un mot, les foires de vins de supermarchés ne pourraient probablement pas marcher… à moins que ce concept commercial ne soit adapté au contexte, en devenant par exemple des foires à la bière ?